Mémorable 2021  

Avec son prix Mémorable, depuis 2008, le réseau des librairies indépendantes Initiales rend hommage au travail des maisons d’édition, à leur capacité à nous étonner, en sortant de l’ombre des autrices, des auteurs, un livre, une œuvre jusqu’alors oubliée ou non disponible. Le prix Mémorable salue donc la réédition d’une autrice, d’un auteur, d’un livre inédit ou de la traduction entièrement révisée d’une œuvre.

Retrouvez ici la liste des titres qui concourent au Prix Mémorable 2021, Lauréat dévoilé au mois de Janvier.

  • La réédition d´un bijou d´humour noir du dissident russe Andreï Siniavski, préfacé par son fils, l´écrivain Iegor Gran. Réussissant tout ce qu´il rate, André-la-Poisse ne porte pas son nom par hasard. La fée qui s´était penchée sur son berceau l´avait pourtant prédit : il aura tous les talents, sauf celui de savoir s´en servir. Alors à défaut d´une vie facile, c´est une existence trépidante qui s´offre à lui. Avec la fantaisie d´ETA Hoffmann, d´un réalisme satirique à la Mikhaël Boulgakov, Andreï Siniavski malmène son héros en l´affublant d´une malédiction : la malchance. Drôlement cruel, le roman transforme, d´une plume acérée, un destin poisseux en leçon de liberté. Poussant de saillie et en saillie, ce grand petit livre fait ainsi un bras d´honneur à la fatalité.

  • Dans le tourbillon de la gare Saint-Lazare, travailleurs, flâneurs, fêtards - ces voyageurs hétéroclites - courent, se croisent et se bousculent sans se voir. Un commissaire timide et un étudiant en droit intrépide partagent leurs talents et arpentent méthodiquement Paris et sa banlieue afin d'éclaircir le mystérieux assassinat d'un soldat anonyme.
    Avec Ardinghera (paru en feuilletons en 1931, inédit en volume), Régis Messac crée de façon talentueuse un roman policier à énigmes, digne héritier du detective novel américain, dont l'auteur est un audacieux et précurseur exégète.
    Avec ce livre, les éditions la Grange Batelière ouvrent un cycle de publication des quatre romans policiers inédits de Régis Messac, un voyage littéraire entre Paris et les États-Unis.

  • Dans les grandes plaines des États-Unis, une jeune femme raisonnablement dodue et en bonne santé trouvait facilement acquéreur au début du XXe siècle.
    Ainsi Cora, bien qu'un peu maigre, épouse un fermier. Ils ne se connaissent pas et leur vie commune les rapprochera à peine plus. Lors de la nuit de noces, pour étouffer sa douleur, Cora se mord profondément la main. C'est le cheval qui l'a mordue, dira Emerson au docteur. De cette union, jamais réitérée, naîtra une fille, Madge. Celle-ci est élevée avec Sharon Rose, sa cousine née peu après elle, comme si c'était sa soeur. Si la première tient de Cora, une fille de la campagne dure à la tâche, désireuse de se marier, la seconde épouse un autre destin et part étudier à Chicago. Dès lors, celle-ci observe de loin l'épanouissement de la ferme : la naissance des filles de Madge, l'arrivée du téléphone, du réfrigérateur et de la télévision, la modernisation de l'outillage agricole. Jusqu'au déclin de la ferme.
    C'est sur les terres ingrates du Nebraska, glacées en hiver, caniculaires en été, soumises à de violentes tempêtes, que raisonnent et s'entremêlent ces voix féminines, défiant le temps perdu tout autant que l'avenir.

  • Têtu comme une mule, aussi volage et libre que l'air, Brendan Behan, l'enfant terrible de Dublin, né en 1923, confesse dans cette autobiographie explosive ce qu'il a toujours été : un rebelle irlandais. Il a voué sa plume et son coeur à son île natale, à son peuple. Et sa révolte organique a constamment guidé ses pas. Chemin faisant, il n'a eu de cesse de concilier ivresse et allégresse, pour le meilleur comme pour le pire. Lorsqu'il n'est pas détenu en prison pour ses activités politiques - il se fait incarcérer pour la première fois à l'âge de 16 ans -, ce membre de l'IRA, conteur hors pair et collectionneur de chansons populaires, zigzague entre les innombrables pubs parsemant la verte Érin et raconte, avec toute la saveur d'une bonne pinte de bière, ses faits d'armes. À force d'avoir brûlé la chandelle par les deux bouts, il se consume à seulement 41 ans. Traduite dans le monde entier, son oeuvre est avant tout celle d'un irréductible, compagnon fidèle, écrivain irrévérencieux et buveur invétéré.

  • Hemlock

    Gabrielle Wittkop

    Labyrinthe arachnéen, Hemlock évoque les destinées tragiques d'une Italienne de la post-Renaissance - Beatrice Cenci -, d'une Française du Grand Siècle - la marquise de Brinvilliers - et d'une Anglaise de l'époque edwardienne en Inde - Mrs Fulham -, entraînées dans le vortex du crime par l'enchaînement des circonstances, leur faiblesse et leur passion. Au-delà des contingences chronologiques, des visions récurrentes, des lieux, des objets, des leitmotive les relient entre elles.
    Comme aussi à Hemlock, une femme de notre temps, étrangère à leurs crimes mais déchirée entre les espérances et les craintes d'une situation extrême dont la présence, véritable fil d'Ariane, domine tout le livre. Dans ce texte tumultueux rigoureusement articulé autour des angoisses de Hemlock, rien n'est aléatoire et l'apparent arbitraire obéit à des lois aussi inéluctables qu'insolites. Quant aux trois meurtrières, le cheminement de leurs histoires illustre les mots de Shakespeare, que l'auteur place en exergue de son ouvrage : "Seigneur ! Nous savons ce que nous sommes, mais ne savons pas ce que nous pouvons être".
    Une fresque grandiose au charme vénéneux. Gabrielle Wittkop est née le 27 mai 1920 à Nantes et décédée le 22 décembre 2002 à Francfort. Elle rencontre dans le Paris sous occupation nazie un déserteur allemand homosexuel du nom de Justus Wittkop, âgé de vingt ans de plus qu'elle. Ils se marient à la fin de la guerre, union qu'elle qualifiera d' "alliance intellectuelle" . Son mari se suicide en 1986, alors qu'il est atteint de la maladie de Parkinson.
    Gabrielle Wittkop affirmera "Je l'y ai encouragé. J'ai raconté ça dans Hemlock".

  • Une traduction inédite en français de Stella Benson, admirée par Virginia Woolf et injustement méconnue en France. Dans la lignée d'oeuvres de romancières telles que Silvia Townsend Warner, son univers magique préfigure celui de Mary Poppins ou Harry Potter. Mêlant humour et sorcellerie dans le contexte social difficile de la première guerre mondiale, cette fiction inclassable propose un regard réinventé sur un Londres mi-réel, mi-fantastique, exaltant les vertus de l'indépendance et la fonction réparatrice de la magie.

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  • Roman noir chez les prolétaires du rail : pour Marcel Cossu, ça commence par une descente de police après une altercation aux conséquences fatales. Surviennent ensuite des flashback où notre héros se remémore, pêle-mêle, les moments passés en compagnie du «?Vieux?», qui l'initie autant au métier de cheminot qu'aux joies du braconnage ; de sa fiancée, avec laquelle il se comporte en voyou et qui lui fait des «?pauses?» ; ou de sa petite maman chérie qui fait défiler les cousins/amants. À la fin, ça finit mal.

  • Au départ, il y a un ouvrier de la CNTA (Compagnie Nationale des Transports Accélérés) prénommé Alexis. Et puis la vie dans un immeuble de banlieue parisienne : celle des petites gens. Le père Carolus au rez-de-chaussée, le fils du voisin Durand qui a chopé la coqueluche, le café du coin pour le jaja et le sandwich au hareng servis par l'Ugénie, la patronne. Mais cette vie bigarrée ne suffit pas à Alexis, qui ressent très vite une irrépressible envie de fuir sa condition pour aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs...

  • Les ratés de l'aventure

    Titayna

    Titaÿna a 23 ans lorsqu'elle part seule, dans les années 1920, tenter l'aventure en Océanie. Elle y passe de longs mois et, engagée comme mousse sur une goélette, voyage d'île en île. La jeune journaliste part alors à la rencontre des populations locales, rapporte leurs histoires et leurs coutumes. Elle se baigne le soir dans la rivière avec les Tahitiennes qui lui parlent des tupapau (les revenants), échange avec une femme maorie, assiste aux danses couchées sur les plages de diamants noirs.
    Elle croise sur sa route de nombreux Européens qui, comme elle, ont voulu vivre l'aventure et ont échoué sur ces îles en apparence paradisiaques sans connaître la fortune espérée. Après l'aventure, c'est le temps de la désillusion. A rebours du récit de voyage, dans une langue acérée et poétique, Titaÿna décrit dix années plus tard l'envers de sa vie d'aventurière et livre un témoignage moderne et brut sur les colons partis dans les années 1920 dans des contrées fantasmées.

  • C'est le "brusque dégoût de lui-même" qui pousse Lafala, un docker ouest-africain, à abandonner Marseille après avoir été dépouillé de tout son argent et de ses illusions par la belle Aslima. Embarqué clandestinement sur un paquebot et enfermé dans des latrines pendant la traversée de l'Atlantique, il est amputé de ses deux jambes à son arrivée aux Etats-Unis. Remettant son sort à un avocat véreux, Lafala empoche une grosse somme d'argent et retourne dans le "port des Rêves" , espace frontière entre la terre et la mer, où il retrouve l'ambiance bouillonnante de la Fosse, les déracinés de la Jetée et ses illusions perdues.

  • Dans le Madrid des années 1930, Matilde cherche un emploi. La jeune femme enchaîne les entretiens infructueux : le travail se fait rare et elles sont nombreuses, comme elle, à essayer de joindre les deux bouts. C'est dans un salon de thé-pâtisserie que Matilde trouve finalement une place. Elle y est confrontée à la hiérarchie, aux bas salaires, à la peur de perdre son poste, mais aussi aux préoccupations, discussions politiques et conversations frivoles entre vendeuses et serveurs du salon.
    Quand les rues de Madrid s'emplissent d'ouvriers et ouvrières en colère, que la lutte des classes commence à faire rage, Matilde et ses collègues s'interrogent : faut-il rejoindre le mouvement ? Quel serait le prix à payer ? Peut-on se le permettre ? Qu'est-ce qu'être une femme dans cet univers ?

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