Nathalie Koble

  • Le Decameron de Boccace est un livre pandémique d'une vigueur particulière : écrit à Florence pendant la grande peste (1349), il résiste à la contagion par la création d'une compagnie de jeunes gens rassemblés dans un lieu isolé ; pour entretenir la flamme ténue de la vie, ceux-ci se divertissent en se racontant des histoires au jour le jour.
    Le livre a circulé partout, il a eu de nombreuses versions : pendant la guerre de Cent Ans, le poète humaniste Laurent de Premierfait en a proposé une première traduction française enluminée, dédiée au duc Jean de Berry ; d'autres s'en sont inspirés, comme Marguerite de Navarre avec son Heptaméron, qui en a repris la force vitale.

  • La tradition poétique de la Saint-Valentin est d'origine courtoise. Née au XIVe siècle en temps de guerre, en Angleterre puis en France, elle est d'emblée bilingue : sous la plume de Chaucer, John Gower, Christine d'Orléans ou Christine de Pizan, elle transpose dans la langue poétique le désir et la difficulté de l'échange, souvent avec impertinence. La circonstance amoureuse fait de l'activité poétique le lien qui soude une communauté où chaque voix s'exerce à la variation, thématique et formelle, pour dire, dans les formes du temps, « je t'aime. », ou bien « . moi non plus ».
    Cette « formule valentine », associée au rituel du calendrier et à la fête collective, a eu de beaux jours devant elle : en Angleterre, plus discrètement en France, chez les poètes américains les plus novateurs, la Saint-Valentin nourrit une tradition poétique à la mémoire discontinue, qui traverse les époques, les continents et les styles. La présente anthologie met au jour cette tradition dans ses deux langues de naissance, pour en souligner les lignes de force, des origines à aujourd'hui.
    Cette anthologie confronte et entrelace des formes vernaculaires et la poésie la plus novatrice du XXe siècle. « Conformément à une formule qu'auraient trouvée les troubadours, aimer, c'est le dire - en poésie, sinon en chanson : la lyrique médiévale, en posant l'équivalence parfaite du sentiment et du chant d'amour, fait non seulement de la déclaration le moteur par excellence du poème, mais donne à la tradition poétique une définition haute, concentrée sur l'exigence formelle. Se déclarer, c'est poétiquement (s') inventer : tel est le sens exact de la fine amour et de son joi, jeu et joie qui font avant tout de l'expérience amoureuse une source d'expérimentation formelle. » Cet ensemble de poèmes nous renvoie directement aux travaux de Jacques Roubaud sur les troubadours et la modernité. Il nous rappelle également que la métrique du Moyen Age est une source d'inspiration essentielle de bon nombre d'auteurs français contemporains.
    La traduction des textes, anciens et contemporains (pour la plupart inédits) s'efforce de mettre en valeur les expériences formelles et les énigmes qui sont en jeu dans ces valentines, pour en saisir l'art de la circonstance et le trait d'esprit.

  • Que se passe-t-il entre le couronnement du jeune Arthur et l'épanouissement du roi trônant au coeur des romans les mieux connus oe
    Dans cet entre-deux des histoires, quatre continuations du Merlin en prose, très diversement intégrées dans les manuscrits des cycles arthuriens, se font concurrence.
    Pourquoi les prosateurs ont-ils transformé un moment de transition en romans inépuisables ? Pourquoi le Merlin en prose a-t-il suscité tant de suites ? Quels rapports entretiennent-elles avec
    leur environnement cyclique ? Ces suites sont-elles fidèles, infidèles, meurtrières oe
    L'étude croisée de ces greffes romanesques met en lumière les choix poétiques, idéologiques et esthétiques des romanciers fondateurs et de leurs héritiers : Robert, Hélie de Boron, Gautier
    Map ou Richard d'Irlande ont su transformer les contraintes imposées par la tradition arthurienne et y trouver des libertés inattendues.
    Contributions de Julien Abed, Anne Berthelot, Dominique Boutet, Keith Busby, Francis Dubost, Christine Ferlampin-Acher, Nathalie Koble, Stéphane Marcotte, Bénédicte Milland-Bove, Patrick Moran, Michelle Szkilnik, Richard Trachsler, Jean-René Valette réunies par Nathalie Koble, avec la collaboration de Patrick Moran, Amandine Mussou et Anne Salamon.

  • Contemporains des cathédrales gothiques, les romans arthuriens en prose sont des fictions labyrinthiques. Cycliques, ils se déploient en prenant modèle sur le vivant (forêts, branches, entrelacs), transformant romanciers et copistes en jardiniers d'écriture. D'un manuscrit à l'autre, la rosace cyclique s'ouvre : le jardinier copiste taille, greffe, innove ou reproduit, il acclimate. Ce livre étudie les procédés de « manuscriture » des ateliers romanesques, à partir du corpus des Suites du Merlin en prose : dernière branche rapportée au sein du Lancelot-Graal, la Suite dite « Vulgate » du Merlin contrecarre en effet toute tentative de clôture. Elle paraît elle-même plurielle ; dans la tradition manuscrite, elle est concurrencée par d'autres alternatives, qui proposent plusieurs mondes arthuriens possibles, des lignes de suite. Toutes sont placées sous la figure tutélaire de Merlin, le prophète « rassembleur de temps », personnage d'écrivain voué à disparaître. Les liens de parentés poétiques et textuels de ces textes multiples révèlent des usages romanesques, des pratiques de lecture et d'écriture collaboratives : un art, médiéval, d'inlassablement donner suite et de multiplier les mondes dans la mémoire des lecteurs et des lectrices, au Moyen Âge et aujourd'hui.

  • Écrites en français dans les années 1270, probablement par un franciscain de Venise, les Prophéties de Merlin du pseudo Richard d'Irlande couronnent près d'un siècle d'écriture en prose. Ce texte protéiforme, à l'image des "muances" qui caractérisent les apparitions de Merlin dans les romans du XIIIe siècle, réfléchit les tensions inhérentes à l'écriture des cycles romanesqu es. Le texte est placé sous le signe de la métamorphose : sa tradition manuscrite, sa composition, ses procédés d'écriture travestissent la forme romanesque et donnent naissance à un roman décentré et instable, qui joue de l'effet de cycle pour ouvrir la fiction arthurienne à d'autres espaces littéraires.

  • Jusqu'à preuve du contraire, en science comme en langue, on cherche à percer des mystères et à déjouer les fausses évidences... Se jouer des mots pour que les mots ne se jouent pas de nous, voilà précisément à quoi nous invite Étienne Klein, en passant au microscope quelques-unes de nos expressions préférées.

    À propos de l'auteur :
    ÉTIENNE KLEIN Physicien et philosophe des sciences, il dirige le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et enseigne à CentraleSupélec. Il anime l'émission La Conversation scienti? que chaque samedi sur France Culture. Il est également l'auteur du best-seller Le Goût du vrai (Gallimard, 2020).

    À propos des co-autrices et co-auteurs de l'ouvrage :
    Amandine Mussou est maîtresse de conférences en langue et littérature françaises du Moyen Âge à l'Université Paris Diderot.
    Nathalie Koble est archiviste paléographe. Elle est maîtresse de conférences à l'École normale supérieure (Paris) et à l'École polytechnique (Palaiseau). Ses travaux portent sur la mémoire inventive de la littérature médiévale et sur la traduction et la pratique de la poésie.
    Florent Coste enseigne la littérature et la langue médiévales à l'Université de Lorraine et s'intéresse particulièrement aux rapports entre littérature et politique au Moyen Âge et aujourd'hui.
    Yoan Boudes est doctorant en langue et littérature médiévales. Il s'intéresse aux savoirs, aux représentations et à l'écriture du monde animal et de la nature au Moyen Âge. Il est actuellement ATER à l'Université Lyon 2.
    Laëtitia Tabard est maîtresse de conférences en langue et littérature françaises du Moyen Âge à l'Université du Mans.

  • Ce volume s'attache à l'ensemble des activités d'Emmanuel Hocquard, afin de faire valoir son importance, et de le situer dans une histoire de la poésie contemporaine dont il fut l'un des principaux acteurs.

    Emmanuel Hocquard (1940-2019) est l'auteur d'une oeuvre poétique où se manifeste l'ambition d'une redéfinition radicale, doublée d'une écriture en prose qui déjoue les catégories de genre autant qu'elle joue avec elles. Élaborer pour soi une écriture à laquelle on donnerait ses propres règles a été l'enjeu majeur de son travail.
    Ce n'est pas une action solitaire. Hocquard a créé, avec sa compagne Raquel, une maison d'édition artisanale, Orange Export Ltd. (1969-1986), pour publier ses amis poètes, et ses livres, parus chez P.O.L, ont contribué à en faire un éditeur emblématique de la modernité. Il a organisé des lectures publiques de poésie au musée d'Art moderne de la Ville de Paris (1977-1990), pratiqué la traduction collective à la Fondation Royaumont (1984-2000), réuni poésie française et poésie américaine dans l'association Un bureau sur l'Atlantique, enseigné à l'École des Beaux-Arts de Bordeaux (1992-2005). Il a composé des anthologies et écrit en collaboration avec des artistes et d'autres poètes.

  • Dans notre mémoire littéraire, l'apparition des lais narratifs bretons a fait deux fois événement : pour les auditeurs du XIIe siècle, qui en ont fait un succès littéraire, déterminant ainsi la constitution d'un genre qui a fait école, mais aussi pour nous, lecteurs contemporains, qui n'avons cessé, depuis leur découverte, de les éditer, de les traduire, d'en commenter l'énigmatique attrait. En proposant de lire côte à côte les lais de Marie de France et plusieurs lais anonymes, le présent volume voudrait faire apparaître la cohérence d'un corpus constitué sur plusieurs décennies. Choisis pour la richesse des résonances qu'ils offrent avec les lais de Marie, les cinq lais anonymes ici présentés bénéficient d'une édition et d'une traduction nouvelles.
    Les lais de Marie de France ont été traduits d'après l'édition de Jean Rychner, entièrement revue.

    Edition bilingue établie, traduite, présentée et annotée par Nathalie Koble et Mireille Séguy.

  • La création littéraire et artistique des XXe et XXIe siècles donne au Moyen Âge, ou plutôt à sa réinvention, une place de plus en plus importante. Cette constatation, qui possède un caractère d'évidence, est également paradoxale : c'est la plupart du temps dans des oeuvres qui se veulent résolument expérimentales qu'apparaissent le plus nettement ces résurgences médiévales, qu'il s'agisse des textes de Céline, de Beckett, de Novarina, de Pierre Michon, ou encore de Tolkien, des auteurs majeurs de l'Oulipo, mais aussi du cinéma de Bresson, de Rohmer et d'Eugène Green. Loin d'une stratégie visant à "faire revivre" le Moyen Âge "tel qu'en lui-même", ces oeuvres contemporaines se l'approprient selon leur visée propre pour y trouver, contre toute attente, un moteur susceptible de leur ouvrir de nouvelles voies d'inspiration et des modes inédits de se penser elles-mêmes.
    Tout en revendiquant le brouillage des références et la discontinuité des emprunts à l'esthétique médiévale, les oeuvres de fiction ici analysées (romans et récits, théâtre, cinéma) ont pour trait commun d'en exalter les caractéristiques poétiques majeures (variation, intertextualité, lien à la voix et au corps, souplesse de la langue, recours à une mémoire mouvante). Lire ces oeuvres contemporaines, les regarder, les écouter et les commenter, donne ainsi l'occasion de s'interroger sur ce qui, de l'esthétique médiévale, nous importe aujourd'hui.

  • Ce livre, suivant la proposition d'Apollinaire, «prend au sérieux les fantômes», explore un phénomène insistant de «revenance» celui de la référence médiévale, occupant une place importante dans la poésie contemporaine. Cette place, affichée, est loin d'être circonscrite: la mémoire du Moyen Âge traverse aujourd'hui des oeuvres relevant d'univers poétiques multiples. Très présente dans la poésie de langue française, elle est sans frontière: on la retrouve dans la plupart des langues européennes ainsi que sur le continent américain. Souvent convoquée par des oeuvres perçues comme expérimentales, elle peut être paradoxale, nous obligeant à penser cette apparente contradiction: l'invention contemporaine et la résurgence médiévale comme procédant d'un même geste anachronique, inventif et prospectif. C'est ce geste que ce volume veut restituer, en saisissant les lignes de force de la rencontre du texte poétique et du matériau médiéval. Particulièrement accueillante au fonctionnement de la mémoire, l'expérience poétique ne délivre pas le passé «tel qu'en lui-même»: le présent du poème le recompose par bribes et le fait exister autrement. Pour mettre au jour la nature de cette invention poétique et la spécificité de la référence médiévale qui s'y joue, le livre fait dialoguer vivants et morts, mêle les voix, critiques et poétiques, et recueille des poèmes inédits du Moyen Âge et d'aujourd'hui.

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