La Peuplade

  • Soixante-douze ans passés, un demi-siècle de pratique et huit cents entretiens restants avant la fermeture de son cabinet : voilà ce qu'il subsiste du parcours d'un psychanalyste en fin de carrière. Or, l'arrivée imprévue d'une ultime patiente, Agathe Zimmermann, une Allemande à l'odeur de pomme, renverse tout. Fragile et transparente comme du verre, elle a perdu l'envie de vivre. Agathe, c'est l'histoire d'un petit miracle, la rencontre de deux êtres vides qui se remplissent à nouveau. Anne Cathrine Bomann signe ici un roman intelligent et inattendu, décortiquant avec tendresse les angoisses humaines : être, devenir quelqu'un, désirer et vieillir. Serait-il possible de découvrir enfin de quoi on a vraiment peur ?

    Tout le monde sait qu'on ne doit pas mélanger la thérapie et la vraie vie ; vois ce qui est arrivé à ce bon Jung.

  • La fille du sculpteur raconte une enfance vécue comme un rêve, inspirée de celle de Tove Jansson, au début du xxe siècle, entre Helsinki et la maison familiale sur une île de l'archipel de Porvoo, où ses parents artistes se retiraient pour l'été. Dans ce livre éminemment onirique, les êtres humains se mettent soudainement à voler, des créatures imaginaires et mystérieuses apparaissent au détour de certaines criques, et Dieu le père lui-même surveille les enfants qui jouent dans le jardin.

    La fille du sculpteur, traduit intégralement en français pour la première fois, est une superbe réussite d'intelligence et de poésie. Le monde entier y est à couper le souffle.

    Les sculptures de papa se déplaçaient doucement autour de nous dans la lumière du feu, ses tristes femmes blanches qui faisaient un pas indécis en avant, toutes prêtes à s'enfuir. Elles savaient le danger qui rôdait partout, mais rien ne pouvait les sauver tant qu'elles n'avaient pas été sculptées dans le marbre et placées dans un musée. Là, on est en sécurité. Dans un musée ou dans les bras ou dans un arbre. Éventuellement, sous la couverture. Mais le mieux est de s'asseoir très haut dans un grand arbre, si on ne se trouve plus dans le ventre de sa maman.

  • La jeune Sophie vient de perdre sa maman. Elle dort désormais seule dans le grand lit de la maison de vacances où elle passe l'été avec son père et sa grand-mère, sur une île du golfe de Finlande. Pendant que l'homme vaque à ses occupations, la vieille dame espiègle - qui fume en cachette - et la petite fille curieuse de tout réinventent un monde où désobéissance et magie sont reines. Entre les tempêtes et les visites des îles voisines, elles posent les bases d'une sagesse naïve, celle-ci prenant la forme parfois d'une thèse sur Les vers de terre qui se sont séparés en deux ou de discussions sur la tolérance et le respect. Sophie, au fil des jours de juillet et d'août, appelle son courage lorsque mesurée à ses peurs irrationnelles de l'eau profonde, des hauteurs, de l'obscurité ou des petits animaux. Elle sait sa grand-mère jamais très loin, présente, aimante, dans cet été de nature et de jeu, avec comme meilleurs amis la forêt, le ciel et la mer.

    Tove Jansson fait montre ici de son exceptionnel talent de conteuse. Un chef-d'oeuvre de poésie et d'évasion.

  • Quelque part en Islande, au bord de la mer, un village de maisons noires fait face à l'infini de l'eau. Dans son repaire, un romancier peine, sur sa vieille Olivetti, à écrire la vérité d'un couple parti en vacances pour se retrouver. Qui s'amuse ?
    Se demande-t-il, déposant les feuilles dactylographiées sous la fenêtre sud claire.
    La radio, pendant ce temps-là, donne des nouvelles d'un autre monde :
    Le séisme de Fukushima, l'assassinat de Ben Laden, la guerre en Syrie. Au rythme des quatre saisons de l'année, comme un contrepoint nordique aux célèbres concertos de Vivaldi, La fenêtre au sud transforme cette histoire simple d'amour et de fantômes en un livre immense sur les crépuscules de la création.
    L'encre s'épuise, l'écrivain tapera bientôt blanc sur blanc, traversant la page comme on marche dans la neige.
    Celui qui est seul est toujours seul, infiniment seul et nulle compagnie ne peut rien y changer.

  • Un des grands livres de la génération milléniale signé par l'un des jeunes prodiges de la littérature canadienne.

    Le 21 janvier 2017 à 11h04, la mère malade de Jordan n'est toujours pas réveillée.
    Il ouvre la porte de sa chambre pour vérifier si tout va bien. Son regard s'ajuste sur la forme allongée dans le lit. Vit-elle encore ? Liminal tient dans cette seule seconde. Toute la vie revient alors en une bouffée de souvenirs, une plongée immense dans un seul mystère : être un corps. Qu'est-ce qu'un corps ?
    Quelles en sont les limites ? Des androïdes aux sex clubs, de l'extase mystique de Sainte Thérèse d'Avila à la castration d'une performeuse queer, au carrefour de l'autofiction, de la saga milléniale et de la pop philosophie, le récit s'organise en une prodigieuse odyssée personnelle peuplée d'artistes, de scientifiques et de marginaux magnifiques.

  • Plutôt qu'écrire dans ce beau roman ce qu'aurait pu devenir sa vie, il ferait mieux d'assister à ses cours à l'université. Mais qu'advient-il justement de ce jeune homme rêveur et éperdument amoureux à l'aube d'une crise économique majeure quand, d'un côté, son meilleur ami Trausti l'embrigade dans sa grande mission révolutionnaire et, de l'autre, sa petite amie Kristín admire la chevelure ondulée du directeur de la banque centrale islandaise ?
    Pendant que les glaciers continuent de fondre - la situation à Reykjavík n'est pas meilleure qu'ailleurs -, l'étudiant au bonheur fugace se noie dans l'amour.
    Les ours polaires se perdent en ville et le néolibéralisme éloigne les amants.
    Dans La dernière déclaration d'amour, il se pourrait qu'on ne se remette jamais de sa première déclaration d'amour. Ce roman drolatique et sombre contient ce que nous ne confions qu'à la nuit.

  • Quelle responsabilité a-t-on lorsqu'on est à la veille de créer l'arme la plus destructrice de l'histoire de l'humanité ? Comment peut-on aimer deux femmes à la fois ? Ces questions, bien qu'éloignées l'une de l'autre, alternent dans l'esprit de Julius Robert Oppenheimer, qui recule loin dans les siècles passés, alors qu'il chevauche parmi les rosiers acérés des montagnes entourant les laboratoires secrets de Los Alamos, au Nouveau-Mexique. Toute sa vie est rattachée à ces sommets rocheux : ses premières évasions d'adolescent souffreteux, ses aventures amoureuses, ses lectures de textes hindouistes - la Bhagavad-gita -, jusqu'à ce tour de force que fut la mise au point de la première bombe atomique.
    Oppenheimer offre une plongée méditative dans l'intériorité d'un des pionniers de la physique nucléaire, l'un des derniers érudits polyvalents du monde occidental, un Léonard de Vinci au regard perçant et charismatique.

  • La pêche au petit brochet Nouv.

    Vuopio, Laponie orientale. À la suite d'un malheureux concours de circonstances, Elina Ylijaako a trois jours pour pêcher le brochet du Seiväslampi ou une malédiction la foudroiera. Or, un Ondin cruel règne sur l'étang et refuse de la laisser pêcher. Elina n'a pas d'autres choix que de pactiser avec l'un des fantômes les plus dangereux du coin, un ancien partenaire de cartes de l'Ondin. Sans oublier qu'elle est recherchée par l'inspectrice Janatuinen, qui enquête sur une mystérieuse affaire de meurtre. Avec l'aide d'excentriques locaux, les deux femmes devront associer leurs forces pour sortir de ce marasme et rétablir l'équilibre entre les mondes et en elles-mêmes.
    Mélangeant polar, folklore finlandais et fable écologique, Juhani Karila renouvelle avec ce roman aussi drôle que poétique, la délicieuse folie qui a fait le succès de la littérature finlandaise.

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