Littérature traduite

  • Arelis Uribe met en lumière des personnages féminins, enfants ou adultes, des femmes ordinaires, écolières, étudiantes ou travailleuses, dont on parle rarement et qui sont issues des classes moyennes ou pauvres des quartiers de Santiago ou de la périphérie. Ses nouvelles parlent des quiltras, des femmes déclassées, de la discrimination dont elles sont victimes sur le plan économique et en raison de la couleur de leur peau, des femmes jamais représentés en littérature.
    Les cuicos (blancs des classes aisées) connaissent parfaitement leurs origines, contrairement aux quiltras. En mapudungun (langue mapuche parlée par les indiens du Chili), quiltro signifie chien. Comme au Chili les indigènes sont méprisés, le terme signifie aujourd'hui chien sans race, sans classe, et tout ce qui est mélangé.

  • Athènes dans l'après-guerre. Dans la grisaille, la brume et les fumées de l'usine à gaz, les lumières de la ville apportent l'illusion d'échapper à la misère. Bèba s'occupe d'une verrerie artisanale, affligée d'un mari en dépression et de deux vendeurs inefficaces et improductifs. Bèba, c'est la jeunesse, ses luttes, ses espoirs et ses déceptions, la force et la résistance qu'elle oppose aux contrariétés de la vie, à ses déboires.
    Tendre, lyrique et poétique, d'une rare maîtrise du récit et de la langue, La Verrerie donne à cette histoire d'une femme, qui voit s'éteindre un à un ses rêves les plus chers, une profondeur et une vérité qui font de ce roman, classique de la littérature grecque, un texte fascinant à (re)découvrir.

  • Dans une maison du Nord de Londres, Helena s'attelle à écrire un livre sur l'artiste américain Joseph Cornell tout en s'interrogeant sur sa soeur Alice, qui travaille dans un orphelinat en Tchétchénie. Sa soeur qui la laisse sans nouvelles ("Même dans mes rêves, elle ne m'en donne pas") et dont elle est convaincue du mépris quant au confort de sa vie privilégiée, loin des horreurs de la guerre. Survient, Ed, un photo-reporter tchèque de retour de Tchétchénie qui prétend avoir travaillé avec Alice et apporter de ses nouvelles, et qui souhaite être hébergé pour quelques jours.
    Hotel Andromeda tisse des ponts inattendus entre l'univers de Joseph Cornell et un pays livré à l'atrocité. L'art n'est-il pas ce qui permet d'affronter la catastrophe ?

  • Sez ner

    Arno Camenisch

    Sez Ner est le récit détaillé d'un été à l'alpage, dans la Sursilva des Grisons, au pied du Sez Ner. Un texte à la fois poétique et documentaire. Quatre hommes y passent l'été: l'armailli, l'aide-armailli, le vacher et le porcher, dans l'ordre hiérarchique, réduits à leur fonction. Avec eux, les vaches, les cochons, la chèvre et le bouc, plusieurs chiens, un chat, des poules et leur coq. Pas de femmes, sauf la bergère du chalet voisin, qu'on voit rarement. En trois cents fragments, Camenisch dissèque le quotidien du petit groupe en autant d'images fortes. Sans commentaires ni psychologie, il restitue le travail, la routine, le temps qu'il fait, le temps qui passe.
    Un travail sur la langue pour une musique ironique, parfois déchirante. "J'aime le texte sous le texte", dit Arno Camenisch.

  • Ustrinkata

    Arno Camenisch

    C'est le dernier soir à L'Helvezia, le bistrot du village racheté par des investisseurs. Tous les habitués sont là : la Tante, hôtesse de tout son monde, la Silvia, l'Otto, le Luis, l'Alexi, et les autres aussi, encore vivants ou déjà morts. L'alcool coule à flots et ça fume à tout-va. On est en janvier et il ne neige pas. Il pleut comme vache qui pisse. C'est quoi cette bizarrerie climatique ? Le déluge ? On cause de ça, de tout, sans discontinuer.
    Ressurgissent alors les histoires enfouies de ce village qui pourrait bien être le centre du monde. La fin est proche, mais tant qu'il y a quelqu'un pour raconter, on reprend un verre. Ce Prix suisse de littérature 2012 s'avale cul sec !

  • Fin d'hiver dans l'Athènes des années 70. Une femme mariée de quarante ans et un étudiant de vingt ans se retrouvent tous les soirs dans le même métro. Brève rencontre, amour impossible.
    Une histoire toute simple en apparence, racontée par l'un des grands romanciers grecs, Mènis Koumandarèas, qui déploie là ses thèmes de toujours : beauté de la jeunesse, hantise du vieillissement, vies gâchées, mélancolie, amertume.
    Un écrivain au sommet de son art et un portrait de femme inoubliable.

  • "La grand-mère est debout toute nue devant moi. Elle sursaute en me voyant. Elle fait les grands yeux. Elle a la bouche ouverte. Ses fausses dents ne sont pas dans sa bouche. Je sursaute moi aussi. Mais je ne tourne pas la tête. Je ne peux pas tourner la tête. Ma nuque est en bois. Je n'ai encore jamais vu ma Nona toute nue. Elle est tellement différente comme ça. Elle dit oha et elle retourne en boitant dans la salle de bain".
    La vie d'un village cerné par les montagnes. Un enfant espiègle observe les adultes et, sans détour, dit le réel avec insouciance. Vif et concret, touchant et drôle, profond : Arno Camenisch donne à entendre la musique singulière de sa langue qui raconte la disparition d'un monde. Une Helvétie hors norme que le temps va engloutir. C'est Zazie dans les Grisons et c'est pas triste !

  • Les malchanceux

    B.S. Johnson

    Envoyé dans une ville des Midlands, un rédacteur sportif se retrouve confronté aux fantômes de son passé dès sa sortie de la gare.
    Le souvenir de l'un de ses meilleurs amis, Tony, trop tôt emporté par un cancer. vient à hanter son esprit tandis qu'il doit se plier, comme chaque semaine, à la routine de son labeur : écrire un article sur un match de football. Légendaire par la forme expérimentale qu'il adopte pour traiter de l'idée de chaos et du fonctionnement erratique et discontinu de la pensée, Les Malchanceux est un incunable des années 60, salué dès sa sortie comme un événement, et sans aucun doute le chef-d'oeuvre de B.
    S. Johnson. Serti dans l'écrin d'une boîte, ce. "livre disloqué" est constitué de cahiers non reliés, vingt-sept sections susceptibles d'être brassées comme des cartes et lues dans l'ordre que le hasard offrira au lecteur, exception faite des premier et dernier chapitres. intitulés comme tels. Elégie et roman de l'amitié, Les Malchanceux est aussi une magnifique méditation sur la mort comme un portrait sans complaisance de son auteur, le tout empreint d'humour noir.
    Avec quarante ans de retard, le lecteur francophone peut enfin découvrir cette oeuvre dune originalité absolue.

  • Les Persécutés est une nouvelle dans laquelle Quiroga raconte l'histoire d'un homme qui souffre d'un complexe de persécution et d'un délire d'interprétation, un état mental qui va insidieusement contaminer le narrateur. Le grand thème est celui du double et de la folie. « On ne peut questionner la modernité de ce texte », a écrit le critique Jorge Lafforgue.

    Histoire d'un amour trouble est un court roman, sous influence dostoïevskienne et narre les vicissitudes amoureuses et les intrications psychologiques de trois personnages principaux, Luis Rohán et les soeurs Mercedes et Eglé Elizalde. Un trio «trouble», socialement inadmissible, où l'examen de conscience se transforme en torture intérieure.

  • Mauvais anges

    Mènis Koumandarèas

    • Quidam
    • 18 Avril 2019

    Nous sommes à Athènes, entre 1945 et 1950. Le narrateur de ce(s) récit(s) a le même âge que l'auteur: entre quinze et vingt ans. L'histoire se déroule sur les lieux où Mènis Koumandarèas a passé toute sa jeunesse, au coeur d'Athènes, entre la place Kyriakou où il habitait (aujourd'hui place Victorìas), le Champ de Mars tout proche (dit aussi le Parc), et la place Omònia, le Pigalle athénien, une station de métro plus loin. Les anges de Koumandarèas se révèlent plutôt ambigus, moins chrétiens que païens, mi-purs mi-pécheurs - et le livre entier est placé sous le signe de l'équivoque, de l'entre-deux.
    Koumandarèas est un orfèvre en la matière. Ce livre publié il y a trente ans, qui décrit des faits survenus trente ans auparavant, nous montre l'art de son auteur dans sa quintessence.

  • Le silence

    Reinhard Jirgl

    Août 2003. Georg Adam, 68 ans, médecin à la retraite et veuf, se rend de Berlin à Francfort-sur-le- Main, à la demande de sa soeur Felicitas, afin de remettre à son fils Henry un vieil album de photographies. Henry doit s'envoler pour les États-Unis où l'attend une chaire de maître de conférences en littérature et civilisation allemandes, mais il veut revoir Max, le chien de son père. L'ultime rencontre entre le père et le fils a lieu sur une berge du Main. Pris à partie par des trafiquants de drogue, Georg est victime d'un traumatisme crânien grave...
    En une saga qui passe en revue cinq régimes politiques et dissèque l'âme humaine en profondeur, Le Silence relate les destinées de deux familles allemandes, des tranchées de la Première Guerre mondiale à l'Allemagne réunifiée d'aujourd'hui.

  • Point de départ du fantastique et de l'anticipation latino-américaines, Les Forces Étranges (1906) réunit savants fous, ondes surpuissantes, pluies de feu et autres ectoplasmes, en treize nouvelles qui sont à la fois le plus fidèle hommage à Edgar Allan Poe et la plus évidente préfiguration de Jorge Luis Borges. Comme chez Lovecraft, ni la fatalité, ni la divinité et encore moins l'humain ne gouvernent le monde, ce sont les forces occultes et cosmiques qui le tissent. Recueil hybride où la frontière entre fiction et essai est perméable, ces récits, tous animés d'une « force obscure », portent une réflexion transversale, de toute actualité, sur la technique et la science dans leur rapport avec la création et le mal. Pour la première fois, intégralement traduites en français.

  • Le son de ma voix

    Ron Butlin

    • Quidam
    • 4 Novembre 2011

    Morris Magellan est cadre dirigeant d'une biscuiterie en Ecosse.
    Il vit avec une femme qui l'aime, dont il a deux enfants, et possède une maison en banlieue chic. Il incarne la réussite. Mais Magellan est un alcoolique chronique. Rien chez lui du buveur noceur et surmené qui finit, sur le tard, par s'éteindre dans le confort bourgeois. En quête constante de son identité réelle, s'efforçant de masquer ce qui le ronge, il compose sans cesse. Et les tentatives pour se fuir s'avèrent vaines et sont vouées à l'échec.
    Le Son de ma voix: une vision de l'alcoolisme d'une rare intensité.

  • Pourquoi la hiérarchie militaire refuse-t-elle obstinément son avancement à ce jeune capitaine ? Pourquoi le vieux conseiller d'Etat chargé de défendre sa requête est-il à ce point fasciné par lui? Quel nom donner aux sentiments qui agitent les deux hommes et à la relation qui se noue entre eux peu à peu - mais se nouera-t-elle vraiment? Voilà un roman tout en mystères.
    Il fait revivre avec précision la Grèce des années 60, nous introduit dans les coulisses de l'armée et du Conseil d'Etat, nous fait sentir la montée de l'horreur qui aboutira, en 1967, à la dictature des Colonels, mais par-delà le témoignage historique, il nous offre bien plus: une intrigue envoûtante en forme de lent cauchemar; un héros lumineux, inoubliable; une méditation sur tout ce qu'il y a de trouble et d'obscur en nous; et le plus étrange des romans d'amour.
    Avec Le Beau Capitaine, Mènis Koumandarèas, l'un des grands romanciers grecs d'aujourd'hui, atteint les mêmes sommets qu'avec "La Femme du métro".

  • « Loin d'ici, voilà mon but ! » écrivait Kafka.

    Otto, le médecin qui a les pieds sur terre, planifie un voyage sur les traces d'un bonheur évanoui. Il rêve de nature et de grands espaces. Sophie, mère divorcée, imagine parfois trouver la liberté dans la toundra. Therese, déjà un peu hors d'elle, s'éparpille et se répand pour combler le vide qui se creuse dans son esprit. Toutes deux sont amoureuses de Robert, alias Mischa Perm, auteur d'En route vers Okhotsk. Robert semble tout droit sorti des romans d'Enrique Vila-Matas : il ne veut plus, ne peut plus écrire, sa Sibérie est intérieure.

    Récit de voyageurs sans voyage, En route vers Okhotsk invite à renouer avec le monde et donne une belle légèreté à ce thème universel de la littérature qu'est la disparition de soi.

  • Après une carrière dans le feuilleton radiophonique, un comédien se retrouve au chômage. Il est approché par des services spéciaux de la police. Contre une somme importante, on lui demande de reconstituer, à partir de quelques documents, la voix d'un prisonnier politique mort sous la torture afin de lui faire jouer le rôle de celui-ci dans une fausse conférence de presse justifiant un meurtre.
    Ma voix est un mensonge est le premier volume de la «trilogie mexicaine» de Rafael Menjívar Ochoa, De certaines façons de mourir dont le fil rouge est l'histoire et l'anéantissement d'une brigade spéciale de la police mexicaine. Une oeuvre qui est une formidable réflexion sur le pouvoir, la justice, la solitude et la mort et où l'efficacité narrative du roman noir donne toute sa plénitude.

  • Au mitan de sa vie, Ben rapporte à ses amis, Rick et Francesca, sa rencontre fascinante avec Lily au cours d'un séjour dans les Dolomites. Cette jeune femme juive est venue en Italie avant tout pour voir le jardin intérieur d'un hôtel à Sienne où, par le passé, sa grandmère est tombée amoureuse d'un jeune violoniste, qui sera bientôt victime de l'Holocauste.
    Avec l'apparente simplicité et nudité du dialogue, Gabriel Josipovici nous confronte aux interrogations les plus profondes : celles qui surgissent au fil de la conversation entre Lily et Ben comme celles, plus indicibles, qu'impose l'existence.
    « Les énigmes de ce roman sont celles de la vie ellemême.
    » The Independant

  • De son enfance entre une mère narcissique, immature et un père, joueur invétéré qui, après avoir survécu à un premier cancer, passe désormais son temps à cultiver son jardin, Rose a gardé les déchirements. Tout juste adulte, elle s'efforce de survivre à ses histoires d'amour lamentables ou malsaines. D'un bref mariage pitoyable avec un demeuré mystique à sa relation avec un artiste cocaïnomane et manipulateur, elle glisse sur la pente qui conduit sa jeunesse à la misère et au dégoût de soi. Lithium pour Médée dresse l'état des lieux de la dépendance : drogues, sexe sans amour, liens familiaux ; addictions, solitudes, désastres. Attachement indéfectible au père, rivalité avec la mère, mimétisme de l'inconscient. En une incantation vibratoire et littéralement hallucinante, Kate Braverman plonge son lecteur au coeur d'une tragédie banale : la famille éclatée. Et offre de suivre le parcours intrépide et intransigeant d'une jeune femme qui veut viscéralement être elle-même, au risque de se perdre. Rick Moody l'affirme avec justesse : Lithium pour Médée est " une oeuvre travaillée par des émotions qui bouleversent. "

  • Tancredo Pavone est un compositeur d'avant-garde dont la vie est rapportée au fil d'un entretien avec Massimo, son ancien domestique - entretien qui constitue la structure même du roman.
    Massimo se souvient de l'ego surdimensionné comme des opinions très tranchées que son maître auraient tenues, donnant parfois le sentiment de ne pas avoir tout à fait conscience de ce qu'il rapporte. Vérité ou imagination ? Au fur et à mesure de ses propos se dessine peu à peu le portrait complexe et contrastée de Pavone - un homme qui donne voix à la musique en lui -, et le lien très singulier qui lie deux hommes socialement aux antipodes.
    Infini - l'histoire d'un moment décortique le processus créatif musical sans rien perdre de l'originalité de son "sujet" hors norme jusqu'au comique.

  • C'est l'histoire de La Voix qui raconte son enfance : perdue dans les appartements sombres d'une famille des années 60-70 de la bourgeoisie athénienne aisée, qui voyage au gré du métier du père - en particulier en France et qui, à Strasbourg, descend à l'Hôtel Rouge. Dans ces longs couloirs obscurs règne le silence et «pas la moindre trace de joie». Seuls quelques personnes prêtent attention à la fillette (Elli ou Lilette - ainsi la surnomment-ils).
    Maria Efstathiadi renouvelle complètement le récit d'enfance. Entre les parents et la petite fille rien n'est dit et, face à cette parole rentrée, l'imagination de l'enfant se déploie dans toute sa fougue, sa créativité et sa violence, et les rapports parents-enfants se nimbent d'une grande cruauté ou d'une grande ambigüité.

  • Thomas Westfi eld, gentilhomme anglais sou rant d'insomnie, engage Samuel Goldberg afi n que celui-ci lui fasse la lecture jusqu'à ce que le sommeil le gagne. Tirant son principe narratif des Variations Goldberg de Bach, Gabriel Josipovici fait fuguer, en trente chapitres qui sont autant de variations stylistiques, son personnage lui-même et des thèmes qui lui sont chers dont le mariage et l'amour, l'art et la mélancolie, l'incroyable fertilité de la fi ction. Il en surgit un roman qui n'a rien d'académique, une oeuvre excitante et joyeusement libre.

  • " Raconter des histoires, c'est raconter des mensonges ", tel était le refrain obsessionnel de l'écrivain britannique B.S.
    Johnson (1933-1973), adepte d'une écriture-vérité au service d'une sincérité absolue et d'une mise à nu des sentiments, admirateur du Nouveau Roman et fervent défenseur d'innovations formelles de tous ordres qu'il mit en pratique dans des ouvrage aussi poignants et insolites que Albert Angelo, Chalut, Les Malchanceux, Christie Malry règle ses comptes ou R.A.S. Infirmière-Chef. Issu de la classe ouvrière, évacué de Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, sujet à des expériences mystiques, à la fois isolé et très entouré, Johnson ne cessa tout au long de sa carrière de s'inspirer des épisodes de sa vie personnelle pour livrer au lecteur une émotion brute et exorciser ses propres démons.
    Sa vie est à l'image de son oeuvre : celle d'un jeune homme perpétuellement en colère, débordant d'énergie créatrice et d'humour noir, toutes plaies dehors. Une vie fulgurante à laquelle il mit un terme à l'âge de quarante ans.

  • Au cours de leurs marches incessantes à travers parcs et rues de Londres, Jack Toledano raconte à son ami Damien Anderson qu'il travaille depuis des années sur Moo Pak, magnum opus perpétuellement inachevé, dont il échoue à produire ne serait-ce qu'une ligne.
    Un paradoxe qui n'est que l'une des nombreuses ironies de ce roman dont le thème central est le langage lui-même, symboliquement exprimé au travers de Moor Park, manoir qui au fil du temps a abrité Jonathan Swift, un asile d'aliénés, un centre de décodage durant la Deuxième Guerre mondiale, un institut dédié à l'étude du langage chez les primates et, pour finir, une école où un jeune illettré s'efforce d'écrire " l'istoir de Moo Pak ".
    Monologue d'un seul paragraphe et palimpseste virtuose, Moo Pak passe en revue les thèmes qui ont préoccupé Gabriel Josipovici ces vingt-cinq dernières années. Un livre conduit avec brio, légèreté et fluidité.

  • Cinquième roman de B.S. Johnson et considéré, dès sa sortie, comme l'un de ses chefs-d'oeuvre, R.A.S. Infirmière-Chef (House Mother Normal, 1971) est dans sa forme et par son sujet hors norme. A travers le cerveau de huit vieillards, chapeautés par une infirmière-chef despotique et sensée incarner la normalité, le texte met en scène l'indignité de la vieillesse et l'irrésistible décomposition des corps et parfois des esprits. Avec humour, précision, compassion et violence, il plonge le lecteur, grâce à l'inventivité de son auteur, dans un univers à la fois poignant, désopilant et sombre comme l'humour anglais le plus noir. Chaque séquence narrative , le monologue intérieur d'un pensionnaire de l'hospice, suit la même chronologie, non seulement page par page, mais aussi ligne par ligne.

    Le résultat est un livre à l'effet multidimensionnel brillant, qui s'affirme comme un digne héritier des oeuvres de Laurence Sterne, James Joyce et Samuel Beckett.

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