Peter Lang

  • Les chansons populaires, les hymnes politiques, les chants traditionnels, les compositions savantes ou les morceaux produits au sein de la culture de masse ont en commun d'exprimer, du xixe siècle à nos jours, les combats ou les rêves des Espagnols ; ils témoignent également, dans leurs avatars successifs, des sentiments identitaires en évolution et des crises traversées. Les contributeurs de ce livre s'interrogent sur la chanson comme forme musicale autonome associant un texte à une mélodie et générant une pluralité d'expériences de partage et d'écoute, dans une perspective d'histoire culturelle qui s'attache à examiner les interactions de l'individuel et de l'émotionnel, du sensoriel, du collectif et du politique. Les notions de « variation » et d'« appropriation » permettent d'éclairer cette nature mouvante en soi de la chanson, dans laquelle surgissent parfois les échos du passé, ou les traces d'autres « performances ». Interprétée, adaptée, traduite, parodiée ou tout simplement incarnée dans des voix et des corps différents, elle se caractérise par cette aptitude à se laisser transformer en profondeur au fil des époques, des crises et des variations de goûts.Les articulations thématiques de cet ouvrage la présentent successivement, à travers quelques cas d'étude, dans sa construction comme spectacle et expérience sensorielle et intellectuelle, comme investissement collectif, comme outil mémoriel ou témoin des rapports aux modernités successives et, enfin, comme un enjeu technique, en vue de sa reproductibilité, qui s'accompagne toujours d'évolutions esthétiques, mais aussi économiques. Forme mouvante en soi, nourrie de voix individuelles et collectives, la chanson est l'expression ultime de la culture comme circulation et bouillonnement infatigables.

  • Les relations entre le théâtre français et le théâtre italien sont, depuis la dernière guerre, nombreuses et fécondes, à la mesure de tous ceux qui les ont cultivées. Qu'il s'agisse des metteurs en scène, des comédiens et scénographes, des traducteurs et des passeurs, des compagnies et des institutions. L'ensemble constitue un vaste objet d'étude qui couvre tout le champ de la création théâtrale, d'autant plus passionnant qu'il s'inscrit dans un cadre interculturel voire européen. Certaines de ces médiations sont connues, d'autres ne le sont pas assez : chercheurs reconnus et gens de théâtre prestigieux s'attachent ici à débattre et à confronter leurs expériences sur la pratique théâtrale contemporaine et sa réception des deux côtés des Alpes.

  • Cet ouvrage se concentre sur les scènes d'exposition des tragédies de Corneille et de Racine. Forte du constat que l'exposition n'a jamais fait l'objet d'une étude particulière, l'auteure comble cette lacune en appliquant des outils de linguistique textuelle et pragmatique à ce moment si particulier d'une pièce de théâtre. L'utilisation exhaustive du corpus tragique racinien et cornélien, qui permettra de redécouvrir des textes parfois oubliés, et l'analyse très détaillée de chaque scène d'exposition donnent à ce travail une ampleur et une rigueur tout à fait nouvelles à l'étude de l'exposition. Les conclusions de l'auteure remettent d'ailleurs en question de façon surprenante une approche souvent trop simpliste des analyses dramaturgiques traditionnelles et apportent un éclairage novateur au génie des deux auteurs classiques qui font l'objet de cet ouvrage.

  • Domaine partagé entre arts de la scène et arts visuels, l'étude des interactions entre musique et geste est encore peu visitée par la recherche interdisciplinaire. S'adressant à des musicologues, des historiens de l'art, du théâtre et de la danse, le présent ouvrage invite à l'exploration des diverses facettes du jeu scénique, tel que pratiqué sur une période allant de la tragédie lyrique sous le règne de Louis XIV à l'avènement du mélodrame théâtral et à l'essor du Grand Opéra au cours des premières décennies suivant la Révolution. Les treize études de ce volume portent sur l'émergence de nouvelles pratiques dramaturgiques dans le domaine de la danse et du geste au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Sont également mises à jour les influences réciproques entretenues dans la France de l'Ancien Régime avec d'autres courants artistiques, tels que le ballet en action viennois ou les traditions théâtrales foraines héritées de la commedia dell'arte. Le volume est agrémenté de nombreux exemples musicaux, facsimilés et documents iconographiques, et offre en annexe le texte complet de deux pièces inédites, L'Acte Pantomime ou la Comédie sans paroles (1732) et Le Réveil des Vaudevilles (1749).

  • Esther, l'héroïne des Juifs, la femme courageuse qui avec sa beauté et sa grâce sauve son peuple de l'extermination, est encore célébrée aujourd'hui au cours de la fête des Pourim. Mais qui était vraiment Esther? Quels sont ses liens avec Catherine de Médicis, les villes d'Amsterdam ou de Venise, l'attente messianique? Cette analyse historique s'étend des rivages de l'Euphrate au Ve siècle avant Jésus Christ, à la Seine au XVIe et XVIIe siècles, à travers la diaspora du peuple juif, sur les pas des marranes en fuite d'Espagne, dans une Europe ensanglantée par les guerres de religion. Esther apparaît sous toutes ses facettes à travers une analyse approfondie des textes canoniques et apocryphes du Judaïsme et du Christianisme, à travers l'iconographie, les peintures, les enluminures et les gravures du Moyen Age et de la Renaissance, sans oublier les pièces théâtrales. Mais surtout une nouvelle thèse surgit et s'affirme dans la relecture de l'histoire moderne de l'Europe: la valeur sémantique de la figure d'Esther se colore d'une signification nouvelle de liberté, de rédemption et de délivrance de l'ennemi.

  • Cet ouvrage propose une analyse originale sur les relations cinématographiques entre Cuba et le Mexique à la période classique, à travers la construction de l'imaginaire particulier du mélodrame de cabaret, peuplé de danseuses de rumba au sang chaud et au coeur tendre. Les films dont elles sont les héroïnes sulfureuses s'enracinent dans les traditions génériques de l'industrie du cinéma mexicain, retravaillées par l'apport cubain à travers la musique, la danse, les paysages et les cabarets. Ils façonnent des personnages féminins originaux, introduisant des représentations inédites de danseuses et de femmes fatales qui luttent pour leur autonomie, et jouissent d'une grande liberté dans leur rapport avec leur corps. Cette coopération cinématographique s'explique par la volonté des producteurs, distributeurs et metteurs en scène mexicains de s'imposer sur les écrans cubains, tandis que les Cubains espèrent bénéficier de leur savoir-faire technique et artistique pour jeter les bases d'un cinéma national encore embryonnaire. Toutefois, l'atmosphère « tropicale » mise en oeuvre dans les films s'avère un trompe-l'oeil commercial lié au regard mexicain qui exotise Cuba. Un postulat dénoncé par les critiques et cinéastes cubains, en particulier au lendemain de la Révolution qui souhaite rompre radicalement avec ce cinéma commercial. La réception et l'historiographie de ces films en font ainsi de puissants révélateurs des imaginaires nationaux qu'ils contribuent à façonner et à véhiculer.

  • Le présent ouvrage ne prétend pas proposer une histoire de l'édition de musique de 1550 à nos jours. Il consiste en une collection d'études explorant un versant foisonnant de l'histoire de la musique, l'édition musicale, depuis les premiers imprimés et l'insertion de portées dans les périodiques anciens jusqu'à la restitution critique des musiques du passé. Les approches retenues portent sur l'objet lui-même et ses techniques autant que sur des critères purement musicaux ; sur les relations entre l'activité des éditeurs avec le concert et la scène ; ou encore sur les questions de choix de sources et les partis pris de restitution dans le domaine de l'édition musicologique contemporaine. Il est aussi un recueil de textes conçus en hommage à Jean Gribenski, dont l'enseignement à la Sorbonne, puis à l'Université de Poitiers, a reposé sur une méthode historique accordant au document une attention méticuleuse. Chaque texte s'appuie donc, comme l'enseignement du maître, sur un document dont l'analyse vise à éclairer des pratiques artistiques, sociales, commerciales ou scientifiques. Conçus par des collègues et d'anciens étudiants, il profite des avancées spectaculaires de la recherche dans le domaine de l'histoire de l'édition musicale française au cours des quarante dernières années.

  • Ce volume présente les contributions des cinquièmes Rencontres Internationales organisées à Lausanne par la Fondation harmoniques en septembre 2010. Il offre un regard panoramique et des études à plusieurs voix sur la variété des écoles de facture de piano et des styles pianistiques à l'époque de Chopin. C'est la conjonction de l'observation scientifique, de la connaissance des sources historiques et de la pratique artisanale qui constitue l'intérêt principal de ces communications. This volume comprises the proceedings of the fifth International Congress which was organised by the harmoniques foundation and held in Lausanne during September 2010. Through the juxtaposition of scientific observation, historical research and practical instrument-making in the assembled essays, an impressive diversity of piano making and playing encountered in Chopin's time unfolds.

  • Cet ouvrage porte sur le cas concret de Maurice Maeterlinck comme auteur adapté à l'époque du cinéma muet. Inspiré de la théorie de Pierre Bourdieu, il propose de renouveler la problématique de l'adaptation cinématographique en prenant pour point de départ l'auteur agissant dans plusieurs champs et étant agi par ceux-ci. Dans les années dix et vingt, Maeterlinck occupe des positions contrastées : consacré en littérature, peu ou pas reconnu au cinéma. Cet écart suscite un triple questionnement, sur l'entrée de l'auteur dans le champ cinématographique, sur les stratégies qu'il transpose d'un domaine à l'autre, enfin sur l'ajustement des stratégies aux états successifs du cinéma. Centré sur le contexte de production des oeuvres, l'ouvrage ne néglige pas leur dimension esthétique. Il met en évidence des sources premières rarement sollicitées : les films Monna Vanna (Ambrosio, 1914-1916), Pelléas et Mélisande (Éclair, 1915) et The Blue Bird (Paramount, 1918). L'analyse esthétique révèle la manière dont le cinéma reprend des éléments théâtraux et se les réapproprie, ou encore dans quelle mesure les oeuvres adaptées oscillent entre les différents pôles de production et se stabilisent dans la zone de grande production de qualité.

  • « Nous avons vécu une période particulièrement difficile. Il n'y avait aucune direction connue dans notre travail. Pas à pas, nous avons dépassé l'effroi de l'égarement et découvert le plaisir de domaines nouveaux... Mais les critiques n'étaient pas de notre côté, aucune valeur sociale n'était attachée à nos travaux. » C'est en ces termes que le peintre Ahmad Esfandiari (1922-2012) décrit l'effervescence des années 1940 durant lesquelles un style pictural novateur - la Nouvelle peinture - apparaît en Iran.A l'appui d'archives et d'entretiens, cet ouvrage tente de restituer la flamme qui a animé ces artistes-pionniers : leur esprit d'innovation face à une tradition artistique multiséculaire ; les risques pris, les transgressions osées et soutenues contre vents et marées. Ils furent les premiers à explorer des terres inconnues, annonciatrices de la modernité. Nombreuses furent les résistances : procès en justice, vandalisme, censure, interdiction de publier leurs revues. Aujourd'hui encore, leur héritage demeure paradoxalement occulté. Leur détermination et leur force de conviction ont pourtant suscité des mutations artistiques majeures, sources de changements sociaux non moins importants.

  • Les lettres de Charles Gounod à la duchesse Colonna, sculptrice de renom sous le pseudonyme de Marcello, sont d'un immense intérêt. De caractère intime, elles offrent également des informations sur les projets du compositeur (dont un opéra inachevé d'après l'histoire de Francesca da Rimini), les détails matériels de son activité, son manque d'inspiration, ainsi que sur ses conceptions esthétiques et philosophiques. Entre la création de Roméo et Juliette en 1867 et la fuite de Gounod en Angleterre en 1870, les deux amis partagent leurs joies et leurs préoccupations tant artistiques que personnelles. Cet échange épistolaire enrichit considérablement la compréhension de la personnalité humaine et créatrice de Gounod, ainsi que de son milieu culturel.

  • Cet ouvrage explore un moment clef du développement de l'art moderne égyptien, lorsque sont définis les fondements d'une nouvelle pratique artistique au début du 20ème siècle. Basé sur un important travail de terrain mené en Egypte et sur des documents d'archives jusqu'ici inexplorés, il se centre sur une génération de peintres et de sculpteurs appelés les pionniers (al-ruwwad). Formés dans des institutions telles que l'Ecole des Beaux-Arts du Caire, leur production s'inscrit dans un mouvement de renaissance artistique et reflète les multiples interactions transculturelles entre l'Egypte et l'Europe. Cette étude offre ainsi un regard nouveau sur ces artistes qui ont posé les jalons du modernisme égyptien et met en lumière une production jusqu'ici peu étudiée. Tandis que l'on aborde aujourd'hui l'histoire de l'art dans une perspective globale à la lumière de circulations, d'échanges et de réseaux, elle offre un point d'ancrage permettant de mieux appréhender les dynamiques et les enjeux actuels de l'art contemporain au Moyen-Orient. In this book, Nadia Radwan explores a key moment of the development of modern Egyptian art, when the foundations of a new artistic practice are defined in the early 20th century. Based on field work and unexplored archival material, this work focuses on a generation of painters and sculptors commonly referred to as the pioneers (al-ruwwad). Trained in institutions, such as the School of Fine Arts in Cairo, their production is inscribed in a project of artistic renaissance and reflects multiple transcultural interactions between Egypt and Europe. This publication thus re-evaluates these artists that opened the path to Egyptian modernism and sheds light their yet understudied production. While art history is now approached in the perspective of circulations, exchange and networks, this book offers a background to a better comprehend the dynamics and stakes of contemporary art in the Middle East and intends to contribute to the cartographic constellation of a world art history.

  • Peu de pays égalent l'Irlande dans sa réputation musicale. Car la musique irlandaise fascine : passée d'une petite île en marge d'un vieux continent à l'immense diaspora irlandaise, d'une profession aristocratique à une activité populaire, d'une existence essentiellement rurale à un engouement urbain, des petites cuisines aux scènes du monde, de la musique de danse aux compositions orchestrales, des musiciens irlandais expérimentés aux débutants japonais, sa capacité d'adaptation semble infinie. Cet ouvrage offre un panorama global de l'histoire de la musique irlandaise dans un style clair et accessible, et nous raconte ses ajustements constants et ses révolutions, d'une tradition ancienne jusqu'à son influence internationale aujourd'hui, via sa recréation et sa sauvegarde par des passionnés et des militants. Avec plus de trente-cinq ans de passion pour l'Irlande et sa musique, et d'un point de vue extérieur, l'auteur tente de combler un manque dans l'univers des études irlandaises en explorant les implications des mutations de la musique, de la danse et du chant irlandais, en replaçant continuellement la musique dans son contexte social, politique et historique.

  • Qu'est-ce qu'un visage ? Qu'une tête ? C'est à ces questions que Marwan (1934-2016) s'est confronté dans sa démarche artistique en commençant par la figure humaine pour explorer inlassablement le visage. Si ce dernier, traité horizontalement, est reconnaissable dans ses traits, la tête, effigie verticale, s'efface. Le présent livre s'appuie sur la biographie du peintre dont le langage artistique s'est élaboré entre Damas et Berlin, et sur une étude transculturelle qui questionne le thème du visage dans son oeuvre. L'accès à sa problématique picturale a été rendu possible grâce aux sources premières : dessins préparatoires, écrits et entretiens entre l'auteure et l'artiste durant les dix dernières années de sa vie. Nourri de la double culture orientale et occidentale, Marwan participe au questionnement du visage humain dans ses métamorphoses par rapport à l'absence, à l'inanimé, au voilement-dévoilement, au même et à l'autre, au singulier et à l'universel.

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